Anno Dracula

Kim Newman – Traduit de l’anglais par Thierry Arson et Maxime Le Dainnouvautes0

Editions Bragelonne – 475 pages  

 

roman, romans étrangers, mondes imaginaires,La nuit dernière s’est mieux passée. La fille s’est raccrochée avec tout autant de ténacité à la vie, mais j’ai senti en elle une sorte d’acceptation de mon offre. Elle était soulagée de savoir qu’enfin son âme serait purifiée. Il est difficile de trouver de l’argent, de nos jours. Les pièces de monnaie sont en or ou en cuivre. J’ai donc accumulé des pièces de trois pence et j’ai sacrifié le service de table que je tenais de ma mère. Je possédais les instruments depuis Purfleet. A présent, les lames en acier sont plaquées d’une couche d’argent meurtrier. Cette fois, j’ai choisi le scalpel d’autopsie. Il est indiqué, me semble t-il, d’employer un ustensile prévu pour fouiller dans les corps.

 

 

An de Grâce 1888, Londres. Depuis que Vlad Tepes l’empaleur, alias Dracula le vampire, a convolé en justes noces avec la reine d’Angleterre, le pays a connu des bouleversements plutôt drastiques. La société se scinde en non-morts et en sang-chauds, ces derniers ayant pour principal intérêt de nourrir les premiers, et d’effectuer les tâches dégradantes ou dangereuses pour les vampires.  La tête de Van Helsing, le célèbre tueur de vampires, repose au bout d’une pique à l’entrée du palais royal. Bram Stoker, auteur du roman Dracula, est en camp de rétention pour avoir raconté des balivernes à la fin de son bouquin…

Du côté du quartier de Whitechapel, le Dr John Seward, seul rescapé de l’histoire originelle, travaille dans un centre médical accueillant de jeunes vampires, dont la plupart s’adaptent très mal à leur nouveau mode de vie. Mais la nuit, muni de son plus beau scalpel, il arpente les rues du quartier pour réparer les torts. D’abord surnommé Scalpel d’Argent, il se verra vite rebaptisé Jack l’Eventreur.

Charles Beauregard, espion sang-chaud pour le très select Diogène’s club et Geneviève Dieudonné, vampire de quelques centaines d’années, cherchent à retrouver l’assassin, tandis que, dans les rues, les vampires s’inquiètent et que les humains voient en Jack un sursaut à la dictature des vampires…

 

Dès que j’ai lu, il y a quelques semaines, le résumé de ce livre paru fin octobre, je l’ai attendu de pied ferme. Un mix entre Dracula et Jack l’éventreur, ça ne pouvait que me tenter. Non seulement je n’ai pas été déçu, mais j’ai même été bluffé par ce roman complètement fou.

 

Première chose, si les réticents à la SF ont poussé au-delà de la première mention au mot « vampire » : ce roman est lisible et appréciable par tous, particulièrement les non-initiés au genre. Très bien écrit, débordant de références littéraires (j’y reviendrai), c’est un plaisir de lecture. Pour ceux qui ont le Dracula de Stoker en tête (ou le Coppola…), le plaisir n’en sera que plus grand, mais pour les autres, pas de soucis : tout ce qui est à retenir de l’original pour apprécier cette suite est précisé en temps utile, et personne ne se sentira largué.

 

Le casting, ensuite. Non mais, quel casting !!! Tout le Londres de l’époque, fictif ou non, y est, et c’est un pur bonheur que de chercher constamment les références (comme un bon paquet est indétectable sauf pour les spécialistes de l’époque, l’auteur a la gentillesse de nous resituer chapitre par chapitre, l’origine des différents personnages en fin de livre). On trouve donc, entre autre, Dracula (sans blague !), Jack l’Eventreur et le policier Frederick Abberline (popularisé par la bd et le film « From Hell »), le Dr Jekyll, le Dr Moreau, Oscar Wilde, Mycroft Holmes (le frère de Sherlock), le policier Lestrade (le flic condamné à faire appel à Sherlock dans les aventures de Conan Doyle, et qui est bien embêté de ne pouvoir le faire présentement vu que le résident de Baker Street croupit lui aussi en centre de rétention), John Merrick alias Elephant man… Plus une quantité d’autres que je vous laisse le soin de découvrir…

 

Il y a à peu près quatre bonnes idées par chapitres, que ce soit sur la société londonienne post-avènement de Dracula, sur l’intrigue en elle-même et la façon de crédibiliser l’histoire de l’Eventreur dans le contexte, et on est constamment surpris de la cohérence du récit et de la façon de mélanger histoire réelle, références littéraires et mythes sur les vampires.

Dans un tout autre genre, cela m’a fait penser au Drood de Dan Simmons, dans sa capacité à réinventer la vie de Dickens dans un projet romanesque totalement dingue, mais en s’appuyant sur de solides connaissances  –et en réutilisant à bon escient- quant à la biographie de l’auteur et la vie de l’Angleterre de l’époque.

 

Pour finir, la couverture est juste magnifique et les éditions Bragelonne nous offre en fin de livre un dossier bonus des plus sympathiques : annotations de l’auteur et genèse du roman, fin alternative, extraits d’un scénario adapté par l’auteur, un article de Kim Newman sur la possibilité non explorée que Dracula soit Jack l’Eventreur, ainsi qu’une nouvelle supplémentaire dans l’univers du roman.

 

Bref, on en a pour son (scalpel d’) argent !

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de fantastique comme pour les autres.

Pour les inconditionnels du plus célèbre empaleur de la littérature comme pour les fans de l’Eventreur.

Pour ceux qui aiment les jeux littéraires débordant d’inventivité et de malice.

 

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Cette lecture rentre dans le cadre du Challenge

Le tour du monde en 8 ans

Pays : L’Angleterre

 

 

Bonnes lectures à tous,

 

Yvain

 

Ps: Petite piqûre de rappel récurrente: un blog se nourrit de passion, de lectures, de (beaucoup de) temps mais aussi et surtout de retours… Alors, ne soyez pas timides et n’hésitez pas à laisser quelques mots: on se sent parfois un peu seul de ce côté ci de l’écran… D’accord, pas d’accord, partagez vos coups de coeur, vos commentaires sur le blog lui-même quant au fonds ou  à la forme… On attend de vous lire!

 

 

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